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Le monde entier jusqu'à aujourd'hui

Frédéric Bruly Bouabré

La Villa du parc propose pendant l'année 2014-2015 des accrochages collectifs abordant quelques dispositifs clés et récurrents du réemploi d'images depuis le début du XXe siècle : le collage, l'appropriation, l'archivage, et la constellation.
Réunissant des artistes de générations différentes, ces expositions ont pour ambition de montrer la diversité des pratiques et des intentions réunies autour d'un certain usage formel de l'image.

Après le collage et l'appropriation, la Villa du Parc explore les dispositifs artistiques autour de l'archive dans l'art contemporain. La constitution d'archives et leur présentation dans des lieux muséaux se développe dans l'art à partir des années 1960 sous la forme de dispositifs et installations souvent monumentaux.


Ces travaux s'appuient sur l'accumulation de documents homogènes dont la singularité s'efface au profit du système auquel ils participent. Plutôt que de valoriser la nouveauté ou les vertus émancipatrices de l'image -comme le collage avant-guerre- ces oeuvres ont pour ambition de déceler au contraire les invariants de nos représentations (stéréotypes dans les poses, banalité des motifs etc.) et d'insister sur leur valeur mémorielle et sociétale. L'usage d'images amateurs est ainsi privilégié par des artistes comme Christian Boltanski, Hans-Peter Feldmann ou documentation céline duval, ainsi que l'appropriation d'images de films (Christian Marclay), la diffusion d'images de studios professionnels (Akram Zaatari et la fondation arabe pour l'image) ou d'ouvrages imprimés (Batia Suter). L'aspect thématique et/ou monumental des installations d'archives tend à prouver leur caractère prescriptif et totalisant. L'idée de répétition est aussi utilisée dans des projets plus conceptuels et sans forcément le recours à l'image comme dans les oeuvres de Hanne Darboven ou On Kawara, dont les travaux sont ainsi l'élaboration d'une archive sans fin. Un artiste peut consacrer sa vie et l'ensemble de sa pratique à l'élaboration d'inventaires systématiques, comme le projet photographique de Bernd et Hilla Becher répertoriant de manière strictement documentaire les architectures industrielles allemandes où dans une veine inverse et prophétique les relevés de formes sur peau d'orange de l'ivoirien Frédéric Bruly Bouabré. L'exposition présentera aussi une oeuvre in progress de Gérard Collin-Thiebault, qui témoigne de la tendance archiviste à la consignation de toute trace matérielle. «Point d'archive sans un lieu de consignation, sans une technique de répétition et sans une certaine extériorité» écrivait Derrida dans Mal d'archives, rappelant que l'archivage est toujours une lutte contre l'oubli, et s'oppose ainsi au travail de la mémoire spontanée, de l'anamnèse intérieure.

Phénomène clé dans l'art contemporain depuis les années 1960, la réflexion sur les archives, leur constitution, leur véracité, leur utilité et leur usage politique est de plus en plus présente dans le travail des artistes, par le biais par exemple de la constitution d'archives fictives (the Atlas Group), ou la question des modes de conservation des archives (documentation céline duval). Depuis quelques années, beaucoup d'artistes délaissent la présentation d'ensembles monumentaux
pour extraire des archives qu'ils constituent quelques images qui sont ainsi mises en valeur et revues en elles-mêmes. Des connivences matérielles, formelles ou sémantiques entre les images, dans leurs écarts, sont ainsi privilégiées. L'exposition mêlera ainsi ensembles et extraits d'archives. Des interventions disséminées dans l'espace des artistes documentation Céline Duval et Oriol Vilanova ponctueront l'exposition comme autant d'échos et de rebonds aux oeuvres présentées.

Commissariat  de la saison : Garance Chabert  / Aurélien Mole



Frédéric Bruly Bouabré (1923-2014, Côte-d'Ivoire)
Frédéric Bruly Bouabré est un artiste et poète ivoirien. Ayant reçu une vision divine en 1948 dans son village près de Daloa, Frédéric Bruly Bouabré se consacre dans les années 1950 à l'invention d'une écriture syllabique de 448 signes pour sauvegarder la mémoire du peuple bété. Il fréquente dans les années 1960- 70 les ethnologues et anthropologues, notamment Théodore Monod qui publie son alphabet. En 1989, ses dessins sont exposés au Centre Pompidou dans l'exposition Magiciens de la Terre, qui ouvre l'art contemporain aux arts non-occidentaux. A partir de cette date, les dessins de Bruly Bouabré, très reconnaissables (feuille rectangulaire de petit format encadrée d'écriture et de dessins aux crayons de couleurs) sont exposés dans le monde entier.  
Les relevés de formes divines sur des peaux d'orange représentent une série que Bruly Bouabré a poursuivi tout au long de sa vie. Ils témoignent de la dimension prophétique de l'oeuvre qui s'attache à voir et interpréter des signes divins sur des supports quotidiens et périssables, comme les bananes, les noix de cajou etc. Ils participent d'un ensemble imaginaire, éminemment personnel, nommé et classifié.


Première image du diaporama : Villa Du Parc Annemasse_© SavoieMontBlanc.com


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